Home EconomieL’intelligence artificielle, nouveau moteur du développement africain : l’ambition audacieuse du Dr Isaac Bayoh

L’intelligence artificielle, nouveau moteur du développement africain : l’ambition audacieuse du Dr Isaac Bayoh

by Richard Togbe
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Ancien ingénieur agronome devenu docteur en économie du développement aux États-Unis, l’Ivoirien Dr Isaac Bayoh est aujourd’hui à la tête de Futur Afric IA. Invité sur le plateau de la Nouvelle Chaîne Africaine (NCA), cet expert livre une vision pragmatique, optimiste mais sans concession des défis et des opportunités de l’intelligence artificielle (IA) pour le continent.

Retrouvez l’intégralité de l’interview en vidéo

Un parcours atypique au service de l’innovation

Rien ne prédestinait au premier abord le Dr Isaac Bayoh à devenir une figure de l’intelligence artificielle en Côte d’Ivoire. Ingénieur agronome de formation, il a poursuivi ses études à l’Ohio State University aux États-Unis, où il a obtenu un doctorat en économie du développement.

Pour lui, la transition de l’agronomie vers la tech répond pourtant à une logique implacable : « L’ingénieur agronome a pour responsabilité de résoudre des problèmes et d’apporter des solutions. C’est exactement ce que je fais avec l’IA. Le domaine change, mais la stratégie et les objectifs restent les mêmes. »

Fondée en 2018, sa startup Futur Afric IA se positionne comme un pionnier en proposant des solutions innovantes dans la santé, l’éducation, les transports et l’agriculture. Si les pouvoirs publics affichent aujourd’hui un intérêt bien plus marqué qu’il y a quelques années, le chemin reste semé d’embûches, notamment face aux géants mondiaux du secteur.

L’IA sur les bancs de l’école dès le CP1

Alors que des superpuissances comme la Chine restructurent massivement leurs filières universitaires pour accélérer leur transition numérique, le Dr Bayoh propose une riposte africaine concrète. Sa structure prévoit le lancement prochain d’un groupe scolaire (du primaire au lycée) où l’IA sera enseignée au même titre que les mathématiques.

« L’intelligence artificielle ne doit plus être perçue comme une simple spécialité de niche. C’est l’électricité de demain. Nous devons former des médecins, des juristes ou des journalistes dotés d’aptitudes en IA pour qu’ils soient encore plus performants dans leurs métiers respectifs. »

Briser la barrière de la langue : des sciences en Baoulé, Bété et Dioula

L’une des grandes réussites de Futur Afric IA réside dans le développement d’un modèle de langage capable de vulgariser des concepts scientifiques et mathématiques complexes dans plusieurs langues locales ivoiriennes, notamment le bété, le baoulé et le dioula.

Le Dr Bayoh rappelle un handicap historique majeur pour le continent : le nombre incalculable de talents perdus simplement parce que les matières scientifiques leur étaient enseignées dans une langue européenne mal maîtrisée. En traduisant et en simplifiant ces notions à l’aide d’images et de dialectes locaux, l’IA devient un puissant levier d’inclusion et de démocratisation du savoir.

Faut-il craindre le remplacement de l’homme par la machine ?

À la question de savoir si l’IA menace l’emploi, notamment dans un secteur agricole qui concentre la majorité de la main-d’œuvre active en Afrique, l’expert se veut rassurant mais lucide. Selon lui, face à cette technologie, l’alternative est simple : « Soit vous prenez de meilleures décisions grâce à l’IA, soit vous êtes remplacé par quelqu’un qui l’utilise et la maîtrise. »

En agriculture, l’objectif n’est pas de chasser l’humain des plantations, mais d’instaurer une cohabitation intelligente avec la machine. Les tâches les plus pénibles et physiques, à l’image du transport des récoltes de cacao, seront déléguées aux technologies automatisées. En contrepartie, la jeunesse africaine devra être formée pour programmer, entretenir et piloter ces nouveaux outils, déplaçant ainsi la valeur ajoutée vers l’intellectuel et la technique.

Le défi crucial de la souveraineté numérique

L’entretien met également en lumière une alerte majeure concernant la sécurité et la souveraineté des données africaines. Le Dr Bayoh déplore le manque d’infrastructures locales aux normes internationales, ce qui oblige le continent à héberger ses données à l’étranger.

Plus globalement, il pointe du doigt une dépendance matérielle totale : « On veut ramener notre or – c’est-à-dire nos données – chez nous, mais on s’apprête à le mettre dans un coffre-fort qu’on n’a pas fabriqué. Dans quel pays africain produit-on aujourd’hui des serveurs, des smartphones ou même une simple souris d’ordinateur de bout en bout ? »

Pour sortir de cette vulnérabilité, le fondateur de Futur Afric IA appelle les décideurs publics à des arbitrages politiques courageux. Il est urgent d’investir dans l’industrie technologique locale et la formation, plutôt que de s’en remettre passivement aux financements et aux experts extérieurs.

Avec une vision qui ambitionne déjà de se déployer à l’échelle continentale, le Dr Isaac Bayoh démontre que l’Afrique a toutes les cartes en main pour cesser de subir la révolution technologique et commencer, enfin, à la façonner.