Le 28 mai 2026, l’Assemblée nationale française a voté l’abrogation du Code Noir. Si cet acte est présenté par certains comme un jalon mémoriel majeur, les analystes réunis sur le plateau de la Nouvelle Chaîne Africaine (NCA) appellent à sortir de la naïveté. Entre la montée d’un racisme décomplexé en Europe, les basculements géopolitiques et la réalité des rapports de force, le débat a été d’une rare intensité.
Un contexte européen de « racisme décomplexé »
Dans l’émission politique « Frontal », le présentateur Richard Togbé a ouvert le débat sur la portée réelle de cette abrogation. Pour les intervenants, cet acte législatif tardif intervient dans un climat particulièrement délétère pour les Africains et les afro-descendants en Europe.
Le professeur David Assiba Johnson a immédiatement posé un diagnostic sombre sur l’atmosphère actuelle en France : « On vit aujourd’hui en France dans un contexte de racisme décomplexé. […] Il y a aujourd’hui dans la communauté nationale française un segment, une partie de Français vis-à-vis de qui on n’est plus méfiant. On ne dit pas n’importe quoi, on ne fait pas n’importe quoi. Mais avec les afro-descendants, avec les Noirs, tout est permis. »
Revenant sur les analogies dégradantes entendues dans les médias occidentaux – où des chroniqueurs ont comparé les Africains à des « tribus primitives » ou à la « famille des grands singes » –, l’universitaire rappelle une vérité géopolitique historique :
« Il y a pas très longtemps, le président français a dit : « Pour être respecté, il faut être craint. » Je confirme. […] Évidemment, cela n’intervient avec autant de légèreté que quand il s’agit d’un Africain ou d’un afro-descendant, parce que précisément, on n’est pas craint. »
Briser le statut de subalterne : la question des réparations et du rapport de force
Face à ce constat, le panel refuse de s’inscrire dans une posture de simple victimisation ou de revendication morale. Pour David Assiba Johnson, les réparations symboliques octroyées par l’Occident ne visent qu’à maintenir le continent sous tutelle : « Une réparation qui maintient la relation de subalterne à suzerain est une réparation limitée dans le temps, une réparation qui ne va pas disloquer la structure. Or, pour moi, il s’agit de casser les codes. […] J’ai fait des suggestions de réparation volontairement irréalistes pour montrer que ce qui nous permettrait vraiment de réparer le préjudice est inacceptable aux yeux de ceux qui nous ont esclavagisés hier. Cela signifie que c’est nous qui devrons imposer un rapport de force. »
De son côté, Louis-Georges Tin, tout en reconnaissant que certains mécanismes de discussion peuvent être perçus positivement, a martelé l’obligation d’une contre-expertise africaine autonome :
« L’idée n’est pas de sous-traiter la vérité à quelque personne que ce soit. Donc nous devons absolument avoir notre propre commission pour vérifier si le travail qu’ils font est un travail solide et crédible. »
Par ailleurs, la question des réparations financières directes a été mise sur la table, rappelant les études économiques prouvant que la France est en mesure de rembourser la totalité de la dette historique d’Haïti, estimée à plus de 3 000 milliards de dollars.
Souveraineté face aux guerres d’influence mondiales
Enfin, Claude Wilfried Kanga a invité le public à regarder la réalité géopolitique en face. Derrière les discours mémoriels et l’abrogation de textes vieux de trois siècles, les anciennes puissances coloniales restent principalement guidées par la crainte de perdre leur hégémonie face aux nouveaux géants mondiaux : « Ce qui les préoccupe, c’est : « on ne va pas laisser l’Afrique tomber dans l’escarcelle de la Chine et de la Russie ». Au fond, la guerre que prophétisent [les autorités militaires françaises], nous n’avons pas de rôle à jouer dedans. C’est une guerre entre puissances. […] Ils ont toujours un regard défiant chez nous. Et ça ne changera jamais. »
Retrouvez l’intégralité des analyses et des débats sur la page officielle de la Nouvelle Chaîne Africaine.
À voir : l’intégralité de l’émission Frontal menée par Richard Togbé.
